Religion 1


Au Japon, deux religions mobilisent l’essentiel des croyances : le shinto(ïsme) et le bouddhisme. Les deux religions ont d’abord eu des relations assez conflictuelles, mais coexistent depuis en relative sérénité puisque les divinités shinto sont vues par les bouddhistes comme des émanations du Bouddha en personne.

Pour l’instant l’article se focalisera sur la religion shinto, je n’ai pas encore trop creusé la question bouddhiste. Le shinto donc, se démarque très notablement des autres religions dans le sens où il n’a pas de fondateur/messie, ni de texte sacré non plus. C’est également un culte discret et dont vous n’entendrez probablement même pas parler si vous ne cherchez pas à en apprendre plus : la pratique du shinto est souvent intimiste et personnelle. Bon cela dit la religion a fortement pesé dans le game à une époque, puisque lors de l’ère Meiji elle était la religion d’Etat, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

La religion shinto vénère des kami, innombrables divinités qui représentent non pas la religion dans son ensemble, mais plutôt des concepts ou des éléments naturels (ça relève d’un truc qu’on appelle l’animisme) : on trouvera ainsi des kami du vent, de l’eau (bon chez nous on a Captain Planet qui fait tout en un, ça va plus vite) mais aussi les rivières, les arbres, ou même des concepts intangibles comme la fertilité ou la force. Au top du top de tout ce petit monde se trouve Amaterasu, kami du soleil.

Le shinto est également une religion « do it yourself » : il n’y a pas formellement de bons et de mauvais choix, on part du principe que personne n’est parfait et qu’il faut simplement essayer de faire de son mieux. Et quand il y a du mal qui est fait, ce sont des mauvais esprits qui sont en cause et il faut essayer de les tenir à l’écart des temples (on voit ça après). Ca limite au passage les risques d’extrémisme, pas de « god hates fags » ou de tarés qui se font exploser chez les shinto. Par ailleurs, en autorisant les prêtres (qui peuvent tout à fait être des femmes) à se marier et à avoir des enfants, le Japon s’évite aussi une autre déviance qui fait pas mal l’actualité chez nous ces derniers temps. Donc ici pas besoin d’arguments genre « je l’ai vu dans ses yeux il était consentant » ou « tant qu’il y a gazon y a match », on laisse les prêtres vivre une vie normale.

Les rites shinto incluent également beaucoup de danses rituelles, de festivals : les diverses célébrations ayant lieu au long de l’année au Japon sont très souvent liées à des sanctuaires shinto, les temples bouddhistes eux ils aiment pas faire la fête.

Pour terminer, il existe plusieurs éléments distinctifs qui permettent d’identifier un sanctuaire shinto : le principal est le torii, cette grande porte rouge vermillion (elle peut être d’une autre couleur, mais c’est plus rare) qui se dresse à l’entrée et qui a pour objectif de repousser les mauvais esprits en les empêchant d’entrer. L’un des plus connus est le torii d’Itsukushima, qui a en plus la particularité d’être partiellement immergé :

Un petit peu de vocabulaire : on trouve deux grands types de torii, qui sont le shinmei et le myojin. Le premier est la forme la plus simple, deux poteaux (hashira) maintenus ensemble par une barre transversale (nuki) et surmontés d’un « toît » (kasagi). Ceux du sanctuaire d’Ise suivent ce modèle, moyennant une petite variation. Parfois le kasagi est surmonté d’une autre barre horizontale, appelée shimaki.

Les myojin ont une forme assez proche mais diffèrent par le fait que le kasagi et le shimaki sont recourbés vers le haut. Celui en photo ci-dessus appartient à cette famille, mais se distingue par des poteaux supplémentaires de chaque côté. Mais bon la photo est de face, on va faire genre on a rien vu.

Pour protéger le temple, on trouvera aussi deux statues généralement symétriques, appelées komainu. Elles représentent souvent des chiens ou des lions, mais dans certains cas comme les sanctuaires d’Inari (ceux avec plein de portes), c’est des statues de renards qui seront présentes.

Ensuite, l’un des premiers trucs que l’on voit après l’entrée c’est ce petit bassin :

source : http://www.leelau.net/2010/japan/kyoto/P1040094kyototourkiyomizuderapurificationtrough.jpg

Il s’agit ici de se purifier les mains et la bouche (faut avoir confiance) avant de passer à l’étape suivante, le hall principal. Y a pas vraiment de forme particulière, mais il est difficilement possible de le rater vu qu’il est généralement en plein milieu, qu’il est grand, et qu’on peut y voir exposés les plus importants artefacts du lieu.

On citera aussi deux bâtiments dédiés aux voeux : le premier, nommé ema, est l’endroit où les gens accrochent des petites plaques de bois (vendues sur place, heureux hasard) sur lesquelles ils inscrivent leurs souhaits dans la vie. Ils peuvent également acheter des omikuji, petits morceaux de papier sur lesquels on trouve écrite une prédiction, bonne ou mauvaise. Il faut alors ensuite aller la nouer sur un petit arbre prévu à cet effet, pour annuler le mauvais sort ou favoriser le bon.

Puisqu’on parle d’acheter des trucs, le temple comporte généralement un guichet/boutique vendant tout le nécessaire pour faire ses prières. Il vend aussi quelque chose que j’ai découvert durant ce voyage (enfin un peu avant), les goshuincho.

Il s’agit de livres/carnets spéciaux, vendus uniquement dans les temples (qui ont souvent leur propre motif de couverture), et dans lesquels chaque temple appose son sceau, moyennant une petite somme (généralement 300Y). Il suffit de se pointer au guichet et de demander « goshuin o onegaishimasu » en présentant son livre. Si vous n’avez pas de livre, commencez par repérer s’il y en a (tous les temples n’en ont pas) puis pointez le du doigt, c’est très mal mais ça ira pour cette fois, tout en disant un truc genre « goshuincho o kaitai desu », ce qui n’est sans doute pas du bon japonais mais ça fera l’affaire. Le livre est un peu plus cher, entre 1000 et 1500Y en général, mais pour ce prix le sceau du temple est inclus d’office.

Voilà à quoi ressemble un goshuin, évidemment il y a autant de sceaux que de temples :

source : http://www.danieljacobson.info/tag/goshuin/

Quelques règles de politesse à observer tout de même : même si pour un touriste non-croyant ça peut rapidement devenir un jeu de récupérer des goshuin, ça reste quelque chose de sacré et qui est donc pris très au sérieux, on ne fait pas n’importe quoi avec.

Déjà, les moines/prêtres (le cahier peut être utilisé indifféremment dans les sanctuaires shinto et les temples bouddhistes, en tous cas c’est toléré) n’accepteront de marquer qu’un vrai goshuincho. Un cahier, même un très beau, c’est non.

Et à l’inverse, le goshuuinchou doit être utilisé pour ça, et pour ça uniquement. En faisant mes recherches j’ai lu sur le blog d’un couple de bobos qu’ils avaient fait de leur goshuuin une sorte de livre de souvenirs dans lequel ils mettaient, en plus des inscriptions obtenues dans les temples, des tampons à l’effigie de divers monuments, des gares, des annotations personnelles… alors autant être clair : non, non, non.
En tant qu’occidental ça passera peut-être, les moines considéreront éventuellement que vous avez agi par ignorance sans penser à mal, mais ça n’en reste pas moins un sacrilège qui a quand même de bonnes chances de les faire tiquer (j’ai lu quelques témoignages de gens qui se sont vus refuser un goshuin dans certains temples à cause de ça) et vous risquez juste de passer pour quelqu’un d’irrespectueux. Pour vous donner une idée c’est un peu comme si vous mettiez de l’hostie dans du McDo au prétexte que les deux sont comestibles. Faut pas faire. Ne soyez pas un bobo.

Sources utilisées pour cet article :

http://www.japan-guide.com/e/e2059.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Torii

Pour les goshuin :

https://www.japanhoppers.fr/features/temples_shrines/320/
http://www21.atwiki.jp/shuinn/pages/16.html
http://templesofjapan.com/Japanese-Temple-Seals-1.html
A Pilgrimage: Temple Seals of Japan


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