30 Avril : Row row, fight the power 1


Aujourd’hui, grosse journée : faute d’avoir le choix niveau horaires de bus je repars à 16h30, et d’ici là il y a beaucoup de choses que je veux voir. Ciel magnifique, il fait chaud, les photos des lieux donnaient grave envie, bref les conditions sont réunies pour passer une belle journée.

Takachiho : 3h15 depuis Fukuoka, ou 2h50 depuis Kumamoto. Dans les deux cas en bus, Takachiho ne possédant plus de gare.
Si vous avez pas envie de vous prendre la tête, le trajet depuis Fukuoka est direct pour 4300¥ environ, via la compagnie Nishitetsu au départ de la gare routière de Tenjin. Si vous avez un JR Pass et souhaitez faire quelques économies, il est possible de d’abord se rendre en shinkansen à Kumamoto, puis de là prendre un bus pour Takachiho. 2300¥ l’aller-simple, 4100¥ l’aller-retour sous dix jours.

ATTENTION : il n’y a que deux bus qui partent de Kumamoto vers Takachiho chaque jour, un à 9h et un à 15h. Pas de réservation nécessaire, faut juste veiller à arriver à l’heure. Pour tenter le coup depuis Fukuoka, il faut en revanche réserver et ça se passe ici https://global.atbus-de.com/route_lists/?locale=en

  • Gorges de Takachiho
    • La ville est petite donc c’est très faisable à pied. Les gorges sont à environ 15mn de marche de la gare routière.
    • Les barques se louent à la demi-heure, compter 2000¥ (3 personnes par barque maximum).
  • Temple de Takachiho
    • Tout près du centre ville, là encore c’est parfaitement jouable à pieds.
    • Gratuit, mais pas la représentation de danse kagura à 20h qui coûte elle 700¥.
  • Sanctuaire Amano Iwato
    • Là par contre à pied c’est chaud, vu que c’est à 8km de la gare routière. Des bus partent de la gare routière mais sont rares, un toutes les heures et demie en gros. Les horaires sont disponibles ici, sauf que… c’est tout en japonais. De ce que j’en comprends, la première table d’horaires donne le sens gare routière (BC, la troisième colonne) vers le sanctuaire, et le second tableau donne le sens contraire. Comme vous le voyez les bus sont très rares, faut pas se louper.
    • Si ça vous gonfle d’attendre et/ou que vous avez raté le bus, il reste la possibilité de s’y rendre à pied. La vue est plutôt jolie et il y a un trottoir le plus souvent sécurisé par un rail tout le long. Vu le temps d’attente entre les bus, si vous en loupez un vous aurez aussi vite fait de procéder comme ça.
    • Tout le sanctuaire est gratuit
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Takachiho

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Takachiho: 32.711690, 131.307787

Préfecture : Miyazaki

 

Située un peu au milieu de nulle part, la toute petite ville de Takachiho a une histoire courte mais d’une grande importance religieuse : c’est en effet ici qu’auraient vécu les dieux révérés par le shintoisme, rien que ça. On raconte également qu’Amaterasu, divinité suprême du Japon, se planqua dans une grotte de Takachiho pour fuir aux blagues puériles et cruelles de son frère, qui était semble-t-il une sorte de Cyril Hanouna mythologique mais en moins cocaïné. Le souci c’est qu’Amaterasu possédait le don de donner la vie grâce à sa lumière, donc son absence était un peu préjudiciable. Donc les dieux descendirent en petit groupe pour essayer de la raisonner. Un petit groupe de 8 millions environ, parce que quitte à être une société polythéiste autant y aller à fond.

Ils commencérent par chercher où elle se planquait, parce que forcément elle avait pas mis un panneau avec son nom dessus, et finirent par trouver ce qu’ils pensaient être la cache, une caverne en fait. Après avoir tenté leur chance avec les provocations classiques genre « bien ta grotte ? » ou « stop bouder sors un peu » il leur fallut se rendre à l’évidence : elle voulait pas sortir de là.

A un moment, une déesse entreprit une danse si ridicule que les autres dieux se mirent à rire tels des lycéens devant un live Periscope. Intriguée par ces rires, Amaterasu sortit de sa cave pour voir ce qu’il y avait de si dingue et le problème se résolut. Cette danse reste célébrée à Takachiho, et chaque soir (oui oui, chaque soir) a lieu la yokagura qui est une réinterpréation en 33 actes de cette querelle divine. Évidemment les 33 danses ne sont pas jouées chaque soir non plus, mais de 20h à 21h on peut assister à 4 de ces danses, devant le sanctuaire de Takachiho (voir la carte juste au dessus).

La cave où se cacha Amaterasu n’est aujourd’hui plus accessible, mais un sanctuaire nommé Amano Iwato a été construit tout près et est un des plus hauts lieux sacrés du Japon. Évidemment tout ça est au programme de la journée, ainsi qu’un autre lieu très prisé de la ville : ses gorges.

Takachiho-jinja

Je commence mon petit tour par le sanctuaire de Takachiho, où j’étais déjà allé hier soir pour la danse kagura. Ce matin rien de spécial à y faire si ce n’est me promener… et enfin acheter mon goshuincho qui ne me quittera plus jusqu’à la fin du voyage. Le monsieur au guichet est extrêmement sympathique et parle même un tout petit peu français. Il m’explique qu’il est allé en Bretagne il y a 35 ans, et que dans le cadre d’un festival international de danses traditionnelles il y avait interpréré une danse kagura. Et ça c’est fou.
Une fois reparti de là avec mon livre orné de son tout premier sceau, petit tour du temple. Les deux grands arbres que l’on voit sont appelés les « cèdres mariés » et ce sont d’ailleurs eux qui ornent la couverture du goshuincho. Ils ont été plantés près l’un de l’autre, tant et si bien que leurs racines sont à présent entremêlées.

La cour intérieure du sanctuaire est assez petite, il y avait un chemin qui partait dans la forêt derrière mais malheureusement il était condamné suite au séisme.

Kushifuru-jinja

A un bon quart d’heure de marche de là, en montée (mais les bus étant très irréguliers ça reste la meilleure option sous peine de perdre beaucoup de temps), se trouve un autre sanctuaire shinto très important, puisque c’est ici que serait descendu Ninigi no Mikoto, petit fils d’Amaterasu envoyé ici pour gouverner et… planter du riz. Ah ça les dieux à l’époque ils renâclaient pas à la tache, même si c’était des gens importants. Pas comme ces salauds de bourgeois oisifs de nos jours qui passent leurs journées à rien foutre et à manger du caviar à la louche. Qu’y faut être snob hein, entre nous. C’est pas meilleur à la louche.

Ninigi n’était pas venu les mains vides puisque mamie lui avait filé trois trésors : le magatama (petit talisman, souvent en jade, et ayant la forme d’un 9; si vous avez joué à Phoenix Wright vous savez) de Yasakani, le miroir de Yata, et l’épée de Kusanagi. Aujourd’hui plus aucun de ces trésors n’est entreposé ici, j’ai l’impression qu’ils se sont un brin fait avoir.

A noter qu’un autre temple est entré dans la danse en mode « pfff smeme pa vré c’est ici qu’il est arrivé Ninigi, alors hein ». Mais je laisse de côté ces bisbilles pour profiter de l’endroit. J’étais tout seul, c’était calme, c’était bien.

Takachiho-kyō

Place à présent à la star du jour, les gorges. Elles sont accessibles via un petit chemin d’un kilomètre qui les longe, mais on peut aussi louer un bateau tout en bas et ramer au milieu de ces merveilles de la nature. Enfin ça c’est en temps normal, parce que là avec le séisme le chemin était raccourci de moitié, et il n’était pas possible de louer de bateau. Alors qu’en plus j’avais trouvé un titre d’article par rapport à ça et tout. Bah vous savez quoi, je le garde quand même rien à foutre.

Heureusement ces petits désagréments n’empêchent pas vraiment de profiter de la vue, c’est sûrement encore mieux d’en bas mais de là où j’étais c’était déjà magnifique.

J’en ai profité pour manger juste à côté dans un restaurant de somen, ces nouilles qui défilent dans un demi-tuyau de bambou et qu’il faut choper au vol. Le menu comportait aussi son lot de trucs vraiment bizarres, y en a la moitié que j’ai lâchés après une bouchée et je n’ai aucune idée de ce que j’ai mangé. C’est aussi ça, la cuisine japonaise.

Ensuite, direction la dernière étape de la journée (en bus cette fois, à pied c’est vraiment très très long genre 2h et la route est pas prévue pour) qui est le sanctuaire d’Amano Iwato, l’endroit où se sont déroulés les évènements entre Amaterasu et le reste de la troupe.

Amanoiwato-jinja

L’endroit est coupé en deux : on traverse d’abord un sanctuaire de taille assez honnête, puis à l’autre bout un petit chemin descend jusqu’au niveau de l’eau, ce qui permet d’accéder à Amanoyasugawara, là où aurait eu lieu le conciliabule des dieux ayant pour thème « bon comment on la fait sortir de sa grotte l’autre ».

Fin de journée assez précoce (il fallait reprendre le bus à 16h30, y en a plus d’autre après), mais quelle journée. Même si l’indisponibilité des bateaux était fâcheuse, ça n’a en aucun cas gâché l’ensemble qui était simplement magique. Une vraie plongée au coeur du Japon, loin des grandes villes, des gens sympas et un cadre incroyable. Pour tout ça, Takachiho devient la toute première récipiendaire de la plus haute distinction qui soit dans le blog game :

incontournable

Aujourd’hui en article bonus, on va parler d’un truc super important, qui accompagne le genre humain et même animal depuis son origine et le fera jusqu’à sa fin. Son universalité est telle que nul n’y échappe, qu’il soit un puissant oligarque corrompu ou un pauvre hère au fin fond du Larzac. Bref, on va parler de caca et de toilettes.

WC au Japon : danger mortel ou bénédiction ? Le Patron mène l’enquête

L’un des premiers trucs qui risque de surprendre le visiteur au Japon, vu qu’il devrait y être confronté assez rapidement, c’est les WC. Nommées toire (to-i-rè, en gros c’est toilet prononcé avec les phonèmes locaux), les toilettes au Japon se présentent sous deux formes : à la japonaise, et à l’occidentale. A la japonaise c’est […]

Coin bouffe un peu chiche aujourd’hui, mais une expérience plutôt rigolote quand même. J’ai pu tester les sōmen, une variété de nouilles japonaises très fines qu’on trempe dans une sauce. Jusque là rien de fou, mais la particularité de la chose réside dans la façon dont on les mange : ici, les nouilles défilent sous vos yeux une par une dans un petit tuyau en bambou, il faut les attraper à mesure qu’elles passent avec ses baguettes. Si vos instincts de chasseur peinent à se réveiller ou que vous avez du mal à manier les baguettes, pas de souci : les nouilles sont interceptées dans un bol en fin de parcours et vous seront restituées.

source : Youtube

Où en trouver : il y a deux restaurants au pied des chutes (juste à côté de la location de barques) qui en proposent. J’ai opté pour Chiho no ie, qui propose également du boeuf de Takachiho (réputé), et divers plats à base de poisson ou de poulet.

Un autre plat typique est le chicken nanban (チキン南蛮) qui est un plat de poulet frit servi avec une sauce douce au vinaigre. Et si ça vous rappelle le concept de l’escabèche, c’est normal : ce plat semble s’inspirer assez largement de ce que les portugais avaient amené avec eux lorsqu’ils ont débarqué à Kyushu au 17e siècle. D’ailleurs le terme « nanban » aurait à l’époque servi à désigner les missionnaires et marchands étrangers. Eh oui !

Où en trouver : comme indiqué, même resto ! Et j’imagine que c’est très simple à trouver ailleurs dans les parages.

Sinon, si vous aimez la mangue vous aurez de quoi vous faire plaisir : c’est le fruit local et on en trouve assez facilement dans les restos ou dans les boutiques de souvenirs.

Certes, le point manger était bref aujourd’hui. Mais le coin gotochi répondra toujours présent, lui. Contrairement aux autres jours où j’avais pu visiter/manger la majorité des choses représentées sur les cartes, aujourd’hui ce sont majoritairement des éléments nouveaux.

2009 : j’en parlais juste avant, la mangue (マンゴー) est un fruit très populaire dans le coin.

2010 : il s’agit du bâtiment qui héberge le gouvernement de la préfecture de Miyazaki (宮崎県庁舎), dans la ville éponyme. C’est un peu loin (Takachiho est à 100km de Miyazaki) et ça ne semblait pas avoir grand intérêt donc j’ai zappé sans regrets.

2011 : cette figurine rigolote s’appelle un haniwa (はにわ). Faites en argile, il s’agit de vestiges du Japon antique (quelque part entre le 3e et le 6e siècle d’après les archéologues) qui ont été retrouvés majoritairement dans la région ainsi que vers Nara. Il y a un article sur Wikipedia qui donne un bon aperçu de la chose.

2012 : ah bah ça pour le coup on l’a fait. Il s’agit d’Ame no Tajikarao (天手力男神), l’un des dieux qui attendit qu’Amaterasu veuille bien arrêter de bouder. Il est décrit comme un dieu possédant une très grande force, ce qui n’était pas trop difficile à deviner en étant un minimum observateur vu que le type trimballe un rocher au dessus de sa tête d’un air pas content.

2013 : un autre fruit, nommé hyuganatsu (日向夏) ce qui signifie littéralement « été de Hyuga », la ville d’où proviennent ces fruits. Je n’en ai pas testé personnellement, il s’agit d’un cousin très proche du citron.

2014 : il s’agit du chicken nanban (チキン南蛮), plat déjà évoqué dans le coin bouffe.

2015 : la carte est trompeuse, elle représente certes des chevaux (sauvages) mais ce sont des chevaux normaux, pas spécialement endémiques. Ce qu’il faut y voir c’est surtout l’endroit où sont les chevaux, à savoir le cap Toi (都井岬). Situé à l’extrême sud-est de l’ile de Kyushu, cet endroit magnifique était malheureusement beaucoup trop loin pour que je puisse m’y aventurer.


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