Boréal, parce que je le vaux bien *


Bonjour les petits amis. Alors qu’à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai toujours pas fini de relater mon précédent voyage qui a eu lieu il y a plus d’un an, voici venu le moment de s’ouvrir à de nouveaux horizons : la chasse aux aurores boréales. Partir à la recherche de ces fabuleuses lumières, c’est découvrir un monde fait de sorties nocturnes, d’émotion, de manque de sommeil et si possible de belles photos et pas trop de venin.

Vu qu’à l’heure où j’écris ces lignes j’en suis déjà à deux pays scandinaves (dont un exprès pour les aurores) et que le total se portera bientôt à quatre (dont trois exprès pour les aurores), je commence à me dire que ce truc me fascine un peu et que ça méritait un article.

Mais les aurores faut aller les chercher, malheureusement elles viennent pas jusqu’en France ou alors très rarement. Et pour aller les chercher, faut aller dans le nord. Mais pas genre à Roubaix au milieu des concours de sono tuning hein, non non on parle du GRAND nord.

Genre pour la Norvège, j’étais allé avec mon camarade Sylvain à Tromso, qui figure sur le podium des destinations de rêve pour les aurores aux côtés d’Abisko (Suède) et Ivalo (Finlande), des villes dont il devrait à nouveau être question ici dans pas longtemps.

« Pourquoi s’éloigner autant ? Êtes-vous complètement cons ? Quel est votre projet ? » pourrait se demander le lecteur perplexe. Pour une raison toute simple : les aurores boréales c’est pas compliqué, plus t’es au nord plus t’as de chances d’en voir.

Et nous on avait très envie d’en voir alors on est allés très au nord, c’est logique. Là avec Tromso on se retrouve encore plus au nord que ne l’était l’Islande.

Mais très de tergiversations, place au vif du sujet.

Les aurores boréales dans l’inconscient collectif

Ca fait un peu stylé comme titre, genre ou pourrait croire que je suis un universitaire de l’aurore boréale et tout alors que je recopie juste Wikipedia en reformulant des trucs.

Globalement, les légendes autour des aurores sont liées aux peuples nordiques. Bah oui, le type qui vivait en Egypte, vu que sur sa vie il voyait en moyenne 0 aurore il avait tendance à pas y réfléchir plus que ça. Parmi les peuples du Nord, chacun y va de sa petite interprétation : pour les finlandais, c’était la « queue du renard rouge », car selon eux les aurores étaient en fait le nuage de poussière que le renard arctique (qui est même pas rouge en plus) laissait derrière lui en courant très vite. Au Groenland, les Inuits avaient visiblement l’imagination d’une adolescente gothique et y voyaient les âmes des morts jouant avec un crâne de morse, la couleur occasionnellement rouge des aurores venant du sang des enfants morts-nés. Ouais, soufflez et relisez cette phrase plusieurs fois, ça m’a demandé un peu de temps aussi. Une autre tribu, canadienne cette fois, et qui était visiblement en froid (vous l’avez ?) avec les inuits, considérait elle que bouclier miroir, en fait c’est les morses qui jouent avec les crânes des humains, parce qu’après tout y a pas de raison que ça soit toujours les mêmes qui s’amusent. Enfin, les Islandais considéraient quant à eux que les aurores étaient l’émanation de l’aura de l’illustre Olaf Olafsson, thèse largement accréditée par la communauté scientifique de nos jours.

On y retrouve aussi un peu de mythologie nordique, certains clans pensant que les aurores étaient en fait la manifestation de Bifröst, le pont qui relie Midgard (monde des mortels) à Asgard (monde des dieux), ou encore le reflet du soleil sur les armures des Valkyries, ce qui mine de rien est déjà un petit peu plus près de l’explication scientifique.

 

Une aurore boréale, c’est quoi ?

Également appelées « lumières du Nord » par les anglophones qui ne font jamais rien comme tout le monde, les aurores boréales sont la manifestation terrestre de quelque chose qui se passe un petit peu plus loin de chez nous, à la surface du soleil : de temps en temps se produit ce que l’on appelle une éruption solaire, ou éruption chromosphérique si on a envie de briller en société pour pécho, qui expulse de la matière à des centaines de milliers de kilomètres. En gros c’est un peu comme si le soleil rotait, sauf qu’au lieu de provoquer des réactions de type « putain t’es vraiment qu’un sac à merde » ou « silence gêné » si vous le tentez dans un cadre tel qu’un repas d’affaire ou une visite chez vos beaux-parents, bah ça fait des trucs super stylés genre ceci et tout le monde pousse des cris d’ébahissement. Ouais, c’est deux poids deux mesures, c’est dégueulasse tout simplement.

Une fois que cette éruption solaire a eu lieu, des gens très calés en astronomie la repèrent, en mesurent l’intensité, et estiment combien de temps il faudra pour que ce rejet gazeux arrive jusqu’à chez nous, ce qui prend en général deux ou trois jours : c’est donc à peu près sur ce délai que l’on peut estimer les chances d’aurores polaires à divers endroits du globe, à l’aide notamment d’une mesure appelée indice Kp sur laquelle je reviendrai plus loin.

On en arrive naturellement à l’étape suivante, qui est la formation de l’aurore à proprement parler. Je l’ai indiqué plus tôt, une aurore polaire c’est essentiellement du gaz : les particules ionisées éjectées par le soleil voyagent pendant 2 ou 3 jours en faisant du covoiturage, puis entrent en contact avec la magnétosphère, qui n’est pas un néologisme inventé par des gens sur Twitter mais une sorte de « bouclier » généré par le champ magnétique terrestre. Ce bouclier regarde les ions droit dans les yeux et leur dit « VOUS NE PASSEREZ PAAAAAAAAAAAAAAAAS », ce qui a pour effet de beaucoup les intimider et de leur faire contourner l’obstacle.

source Wikipedia

source Wikipedia

 

A l’impact, on s’intéresse au vecteur B qui détermine la force du champ magnétique qui s’exerce sur les particules.

Bxyz Earth Sun

source http://blog.aurorasaurus.org/?p=178

Je rentre pas spécialement dans les détails, retenez juste la composante Bz (selon l’axe z allant du pôle Nord vers le pôle Sud) qui sera un paramètre très important à surveiller en vue d’une chasse aux aurores, et que j’évoquerai un peu plus loin.

Ces particules peuvent alors arriver dans une sorte d’entonnoir appelé « cornet polaire » où elles fricotent avec les atomes de l’ionosphère. L’atome est tout excité genre « on va niquer ce soiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir » et du coup paf, sous le coup de l’émotion il dégage un électron qui au passage libère aussi un photon. Or qu’est-ce qu’on fait avec des photons, hein ? HEIN ? Putain ça suit pas.
Réponse : bah on fait de la lumière avec les photons : et dans le cas présent c’est le rideau de l’aurore boréale.

La première chose que l’on remarque, c’est la couleur : les aurores peuvent en effet apparaître vertes, rouges, ou beaucoup plus rarement bleues et violettes. Ca dépend tout simplement du type d’atome excité lors de l’étape précédente : la plupart du temps on va avoir affaire à de l’oxygène qui apparaîtra vert à basse à altitude ou bien rouge si on est haut perché. Des résidus d’azote peuvent aussi donner une couleur blanche ou rosée à la partie la plus basse de l’aurore. Enfin, plus rarement, l’hélium et l’hydrogène vont respectivement donner à l’aurore des teintes mauves ou bleues. Mais ces molécules étant plus rares, ça ne se produit généralement qu’en cas de grosse éruption solaire, qui occasionne ce qu’on appelle un orage géomagnétique. Ca quand ça arrive, c’est la fête au village : énorme activité en théorie, et c’est lors de ces évènements que l’on peut observer des aurores bien au delà des pays du cercle polaire. On caractérise ça par un indice appelé Kp, j’y reviens plus tard.

 

Ensuite, les aurores prennent différentes formes : c’est le point que la science peine encore à expliquer. Les deux formes les plus communes sont l’arc et le rideau, mais les plus chanceux peuvent voir des aurores sous la forme de deux bandes parallèles (activité solaire moyenne), d’une couronne donnant l’impression d’une explosion (activité forte)  ou d’un voile qui commence à faire un brin flipper (activité très forte).

Arc

Voile, également connu sous le nom « ILS ARRIVENT C’EST LES REPTILIENS »

 

Bandes

Couronne

 

Rideau

Et enfin la tache aka « je me suis réellement tapé 1000km pour ça ? »

Mesurer une aurore boréale

Toutes ces bases théoriques c’est bien beau, mais ce que veulent savoir les Français, c’est si oui ou non ils ont des chances d’en apercevoir des aurores, et comment s’y prendre pour augmenter leurs chances. Pour voir une aurore on a besoin de trois choses : une latitude élevée, une activité magnétique suffisante (sachant que plus on est haut plus le seuil est permissif), et surtout un ciel clair. On aurait presque tendance à l’oublier celui-là, mais en cas de grosse couverture nuageuse, vos espoirs d’aurores boréales vous pouvez vous les tailler en cornet et… bref.

Pour le ciel, bah la météo suffit mais les pays scandinaves ont le bon goût de proposer des outils poussés de prévision de la couverture nuageuse. On citera notamment celui-ci pour l’Islande, et celui-là pour la Norvège (attention il est super lourd, ça peut facilement mettre votre navigateur à genoux sur un téléphone ou un ordinateur peu puissant) avec dans les deux cas des prévisions à 48 heures.

Concernant l’activité magnétique, pas mal d’indicateurs sont à prendre en compte, mais si comme moi vous n’avez qu’un niveau de compréhension limité de la physique théorique vous pouvez vous contenter d’un unique élément, que l’on nomme indice Kp. Ce nombre entre 0 et 9 illustre l’intensité de l’activité magnétique, et les chances d’aurores qui en découlent : à 0 il n’y a aucune activité et donc pas d’aurore, à partir de 5 en revanche on entre dans ce qu’on appelle un orage géomagnétique et là c’est la fiesta, à proximité des pôles on a des chances (et je dis bien des chances, pas des garanties) de voir quelque chose de vraiment incroyable. Et comme indiqué sur le graphique ci-dessous, plus l’indice Kp est élevé, plus y a de monde pour profiter; il n’est ainsi pas impossible de voir des aurores boréales depuis la France, ça arrive même périodiquement, c’est juste beaucoup plus rare car il faut une activité magnétique bien plus élevée.

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Comme on le voit sur cette carte, en Islande il faut un indice d’au moins 2 pour avoir des chances raisonnables. Au nord de la Scandinavie (genre Tromso, au pif), un score entre 1 et 2 peut en revanche faire l’affaire. Plus on est au nord et plus on peut se contenter d’un score faible pour avoir des chances d’observer les aurores.

Une fois que vous avez repéré dans quelle tranche vous êtes, il ne reste plus qu’à regarder les prévisions, comme je l’indiquais précédemment elles sont généralement disponibles à un horizon de 48 heures, j’ai une préférence pour ce site mais on trouve aussi des applications gratuites sur téléphone, avec envoi d’alertes si l’activité dépasse un seuil paramétrable. Couplez ça aux prévisions nuageuses, et vous devriez normalement arriver à vous débrouiller pour trouver un endroit. Dernière chose, au Nord et encore plus sur le littoral, la météo évolue très vite. Restez flexibles, il est quasiment impossible de planifier sa chasse aux aurores du jour pour le lendemain : le mieux est d’avoir une voiture à disposition, afin qu’en cas de ciel nuageux vous puissiez parcourir quelques dizaines de kilomètres qui changent parfois tout.

Si vous voulez un peu plus d’éléments de compréhension, il y a cette page en français par un couple de passionnés qui est une vraie mine de connaissances et d’infos : https://www.aurora-maniacs.com/previsions-aurores.html

Voir les aurores

Maintenant qu’on est incollables sur les aurores, reste à aborder l’aspect pratique : de quoi ai-je besoin pour voir des aurores, et pour immortaliser ce moment ?

Pour ce qui est de simplement les voir, c’est pas très compliqué y a 2 règles fondamentales :

  • Pas de pollution lumineuse : donc les aurores en ville on oublie, et on évite si possible la pleine lune qui ajoute certes une touche dramatique mais aura tendance à flinguer un peu la vue. Si vous partez avec une compagnie spécialisée, ils sauront vous amener des les endroits les plus adaptés, c’est leur taf. En solo il faudra soit disposer d’une voiture, soit être en mesure de se rendre à pied dans un coin suffisamment éloigné des lumières. Pour prendre des exemples que je connais, le lac de Tromso (Norvège) est bien, celui d’Abisko (Suède) encore mieux. Reykjavik en revanche c’est mort, la ville est trop étendue pour espérer s’éloigner suffisamment sans être véhiculé.
  • Pas de nuages : ça c’est plus compliqué car même avec la meilleure volonté du monde, si c’est couvert bah vous êtes un peu dans le caca. Là encore, en excursion le bus vous amènera en général dans les coins les plus épargnés (et le temps change très vite dans ces pays, on peut avoir un temps dégueulasse à un endroit et un ciel limpide 30km plus loin). En solo en revanche, il faudra juste croiser les doigts très fort. Après, des nuages ne veulent pas dire qu’on ne verra rien : une couverture nuageuse peu dense permet d’observer un ciel complètement vert, ce qui est déjà en soi quelque chose d’assez incroyable.

 

Si ces deux conditions sont réunies, alors on peut commencer à regarder les aspects plus scientifiques : un score Kp suffisamment élevé par rapport à l’endroit où vous vous trouvez (et pour rappel, plus vous êtes au nord moins il aura besoin d’être élevé) est souhaitable, mais il faut garder à l’esprit que c’est un indicateur et non une règle générale : on peut avoir de superbes aurores avec un Kp2 et quelque chose d’assez décevant avec un Kp5, même si c’est moins probable.


L’indice Bz, plus compliqué à trouver sur internet, complète en général bien l’autre : il témoigne de l’intensité lumineuse des aurores et on veut qu’il soit le plus négatif possible (s’il est positif, les aurores ont lieu au pôle sud). S’il est aux alentours de 0, c’est pas terrible mais c’est pas dramatique non plus : les aurores seront juste moins évidentes à déceler à l’oeil nu, un appareil photo devrait en revanche bien s’en sortir.

S’il vous faut ne retenir qu’un lien, ça sera celui-là : http://www.aurora-service.eu/aurora-forecast

Il y a absolument tout le nécessaire : l’indice Kp avec prévision sur 3 jours, puis les 3 jauges relatives aux vents solaires. A gauche, l’indice Bz : comme indiqué plus haut, plus c’est bas mieux c’est. Si la jauge est dans le vert c’est mort, c’est à l’autre pôle que ça se passe. Au milieu la vitesse des vents, plus c’est élevé et plus l’aurore « dansera » dans le ciel. Et à droite… bah à droite je sais plus, on va dire qu’elle sert moins.

Et c’est le moment où je viens casser l’ambiance : il est important de se rappeler que la couleur la plus fréquemment observée pour une aurore c’est… blanc. En photo ça sera toujours un peu vert, mais nos yeux ne sont malheureusement pas aussi perfectionnés que les lentilles de nos appareils photo : quand l’indice Bz avoisine 0, observer une aurore se limitera à regarder un voile blanc danser dans le ciel. Ca peut être très frustrant, on a l’impression de ne pas voir une « vraie » aurore mais ça fait malheureusement partie du jeu. Le meilleur moyen decapter au mieux les couleurs, c’est d’amener un appareil photo. Et quel hasard, c’est justement de ça que je comptais vous parler ensuite.

 

Photographier les aurores

Voir une aurore c’est bien, mais en garder un souvenir impérissable c’est quand même encore mieux. Alors évidemment vos photos n’auront que peu de chances d’être au niveau de celles trouvables sur internet, prises par des professionnels et souvent assez lourdement retouchées.
Mais avec un appareil correct et les bons réglages, on obtient des résultats parfois magnifiques sans avoir besoin de tricher sur les couleurs.

On commence par l’essentiel : le matériel à rassembler.

  • Un appareil photo reflex ou au minimum bridge est quasi-indispensable. On peut obtenir des résultats avec un compact, mais c’est nettement plus compliqué. Quant au téléphone ou oublie, la plupart étant munis de capteurs nuls à chier en photo de nuit. De plus la plupart des réglages indispensables ne sont pas proposés sur un téléphone.
  • Un trépied, là encore c’est impossible de faire sans car on va avoir besoin de faire de la pose longue : pendant plusieurs secondes (au moins 5, en général) l’appareil doit rester parfaitement immobile. Sans trépied, bon courage…
  • Dans le froid, les batteries ont une fâcheuse tendance à se décharger très vite : prévoyez-en au moins deux de rechange (que vous garderez idéalement au chaud, dans une poche intérieure), ça sera quand même dommage de se retrouver en rade au bout d’une heure.
  • Enfin, pas indispensable mais très largement souhaitable : vu qu’on parle de photos de paysages pouvant s’étendre sur de grandes distances, un objectif grand angle embellira très fortement le résultat final.

 

Sur l’aspect technique, je vais pas trop rentrer dans les détails et vous expliquer comment fonctionne un appareil photo, déjà parce que j’y connais rien, et en plus parce que ça ne sera pas indispensable pour prendre des photos d’aurores. En revanche, une bonne connaissance sur le sujet vous permettra forcément de jouer plus facilement avec les réglages vous-même, puisque vous comprendrez ce que vous faites au lieu de tout tourner au pif comme moi.

En ce qui me concerne j’ai un Canon EOS 600D, je vais donc me baser sur les réglages qu’il me propose pour les explications, mais n’importe quel appareil de bonne qualité vous permettra de faire pareil. Déjà, premier truc : on passe en mode manuel, aucun des modes automatiques n’étant réellement adapté à la situation. Oui je sais, ça fait peur au début mais vous allez voir, tout va bien se passer.

Les photos de nuit reposent sur plusieurs réglages, mais le principal est l’exposition (ISO) : vous devez pouvoir la monter à au moins 800, il faudra même sûrement plus. Et comme il n’est évidemment pas question d’attendre que l’aurore apparaisse pour se demander quels réglages faire, on commence à triturer tout ça dès l’après-midi (ou matin si vous êtes du matin, je juge pas):

  • Avec l’objectif qui servira aux photos de nuit (oui parce que sinon ça sert pas à grand chose de se faire chier avec des pré-réglages), tournez la bague la plus proche de vous et faites un focus sur l’infini : ça fait très poétique dit comme ça mais normalement, à la jointure entre le boîtier et l’objectif vous avez le symbole qui vous permettra de savoir si vous y êtes.

  • Vérifiez que l’image est nette avec ce réglage. Si elle ne l’est pas, affinez en tournant la plus petite bague, un peu plus vers le bout de l’objectif. Voilà pour les réglages de jour.

 

Le soir venu, quand vous êtes en place et attendez les aurores, c’est le moment de monter l’appareil sur le trépied et de passer à la phase 2 des réglages, en s’attaquant aux paramètres qui vont régir la luminosité de la photo. Un ciel clair sera évidemment un gros plus, vu que les étoiles sont un parfait sujet de test.

  • Choisissez une durée d’exposition. Pour des bonnes photos d’aurores, 5 secondes me paraît être un minimum. Si, quand l’aurore commence à apparaître dans le ciel, elle semble bouger lentement, n’hésitez pas à monter la durée d’expo jusqu’à 20-30 secondes.

  • Réglez l’ISO sur 400, et vérifiez le résultat sur l’écran de contrôle : si c’est trop sombre, recommencez avec une valeur supérieure jusqu’à obtenir quelque chose de satisfaisant.

  • Évidemment, à ISO constante, plus l’exposition sera longue, plus la photo sera lumineuse vu qu’il y aura davantage de lumière qui va être captée. Il faut donc trouver un équilibre entre les deux, une photo en ISO 3600 et à durée d’exposition élevée (genre 20 secondes) risque de juste donner un écran blanc.

  • Enfin, attention sur les réglages de l’ISO : si c’est trop élevé il va y avoir du « bruit » et la photo va prendre un effet granuleux assez déplaisant. Exemple sur cette photo que j’avais prise en Norvège, heureusement ça se limite à la neige (qui ressemble plutôt à du sable du coup).

Et voilà, normalement avec tout ça vous êtes paré pour prendre vos premières photos d’aurores. Évidemment il y a encore d’énormes progrès à faire derrière ça : savoir tenir compte de la luminosité de l’aurore en elle-même et s’adapter, faire ressortir les diverses couleurs s’il y a lieu, et évidemment des compétences de base en photographie comme la composition, pour mettre au mieux en valeur l’aurore par rapport au paysage qui se trouve devant vous.

Je rajouterai prochainement quelques astuces sur le traitement des photos, aspect que je ne maîtrise pas pour l’instant. La photo ci-dessus est brute de décoffrage, aucune retouche n’a été nécessaire. Mais en jouant sur divers paramètres, elle est probablement améliorable… ça sera pour très bientôt, mise à jour de l’article fin Septembre je pense.

Quand et où partir ?

 

Bon c’est bien joli tout ça, mais toi qui as tenu jusque là, c’est probablement que tu aimerais en (re)voir aussi, des aurores boréales. Seulement il reste cette question, qui inonde les forums dédiés aux pays du Nord : je pars où, et je pars quand ? Eh bien autant pour le « où » il y a plusieurs endroits communément admis comme étant les meilleurs, autant pour le « quand » c’est un sacré bordel donc je vais commencer par là.

Déjà, on oublie la période de Mai à Août inclus : c’est la saison où les pays nordiques profitent du soleil de minuit, ou a minima de trèèèèèès longues journées. Les périodes d’obscurité sont rares, et la nuit noire est tout bonnement absente. Ca peut être des saisons sympathiques pour découvrir ces pays sans se les geler (mais dans ce cas on évite Abisko et Inari, qui n’ont que peu d’intérêt en été), par contre les aurores on oublie.

 

C’est là que ça se complique, car en fait aucun mois n’est réellement meilleur que les autres, tout dépend sur quoi on est prêt à faire des sacrifices.

  • Mars et Septembre : plutôt pas mal, surtout que ce sont des mois d’équinoxes et qu’il semble y avoir une meilleure activité à ces moments-là en moyenne. C’est pas garanti, j’ai fait Tromso aux alentours de l’équinoxe de printemps (21 Mars) et c’était tout claqué niveau aurores. Gros avantage s’il y a un lac à proximité : à cette période il sera dégelé, ce qui peut offrir des vues encore plus majestueuses avec les reflets.
  • Octobre-Novembre : là les nuits commencent à sévèrement rallonger, donc on a davantage de chances de voir quelque chose. Par contre ce sont en général les deux mois les plus pluvieux de l’année, les nuages y sont donc particulièrement au rendez-vous. Pour un voyage plus général c’est en revanche pas mal, ce sont les derniers mois avant l’arrivée de l’hiver et la saison touristique est majoritairement finie, vous serez globalement peinards (voir Islande 2015 sur ce site).
  • Décembre à Février : des nuits très longues et un froid sec, donc pas trop de nuages. Inconvénient : bah c’est l’hiver, le vrai. Les routes glissent, certes zones deviennent inaccessibles, et les journées sont courtes. Par contre vous aurez de quoi les occuper avec les activités saisonnières.
  • Je termine par Avril, sans doute le moins intéressant des mois qui restent : l’hiver est pas tout à fait fini mais un peu quand même, il fait moche, les nuits commencent à fortement raccourcir, bref c’est pas fou. D’ailleurs les compagnies arrêtent en général leurs excursions durant la première quinzaine de ce mois.

 

Voilà, difficile de dire « ah c’est CE mois où il faut y aller », en fait ça dépend surtout de l’objectif du voyage. Pour une excursion dédiée aux aurores boréales, Septembre et Février/Mars semblent être les choix les plus viables, pour voyager dans un pays et éventuellement voir des aurores ça serait plutôt Septembre/Octobre et Mars. Après il y a quelques subtilités selon l’endroit choisi.

Je vais donc ici évoquer les principales destinations nordiques, avant tout dans une optique d’observation des aurores vu que c’est quand même un peu ça le sujet de cet article. Le classement est basé sur un recoupement d’expériences perso et de témoignages recueillis un peu partout.

  • 3e dauphine : l’Islande. C’est un petit pays donc je donne pas vraiment de ville, à part si vous voulez faire des excursions auquel cas ça va se limiter à Reykjavik (ouest) et Akureyri (nord). Le problème de l’Islande pour les aurores, c’est que le pays est très, très pluvieux, et que parmi les diverses options scandinaves c’est la plus au sud, donc aurores plus difficiles à capter.
    Bon à côté de ça le pays est juste dingue donc impossible de ne pas le recommander dans le cadre d’un voyage, mais si vous visez un mini-séjour avec les aurores pour principal objectif, ce n’est pas la meilleure destination.
  • 2e dauphine : Tromso (Norvège). C’est un peu ma chouchoute, cette ville est sublime mais malheureusement je ne la recommanderais pas plus que ça pour les aurores. Car Tromso est sur la côte, ce qui lui confère les mêmes inconvénients que l’Islande : temps très changeant, souvent pluvieux. Heureusement il y a plusieurs compagnies installées en ville, qui se feront un plaisir de vous emmener dans des coins plus propices après vous avoir délesté de 90€ environ.
  • 1ère dauphine : Inari (Finlande). Encore plus au nord que Tromso (ça se joue à pas grand chose), Inari est en fait un petit village à environ 1h de route du plus proche aéroport, Ivalo. Là vous êtes au milieu de nulle part, dans les terres avec en plus un grand lac, bref ce sont les conditions optimales pour voir des aurores. La grosse faiblesse c’est qu’il n’y a (apparemment, verdict perso début 2018) à peu près rien à faire en dehors de ça, à part évidemment si vous êtes prêts à débourser des sommes assez conséquentes pour un tour en traineau ou en moto-neige. Les plus à l’aise d’entre vous seront aussi ravis d’apprendre qu’on peut louer des igloo privatifs avec toît transparent, pour observer les aurores sans sortir de chez soi. Mais à titre perso quand je vois ça, je me dis que c’est une très mauvaise idée car à moins que tout le monde joue le jeu, bonjour la pollution lumineuse. Ah et il vous en coûtera 246€ minimum la nuit.
  • Et notre heureuse élue est donc Abisko (Suède), un peu moins au nord pourtant mais avec un gros avantage : elle est entre deux montagnes qui limitent fortement la couverture nuageuse, offrant bien plus de nuits « praticables » que ses rivales. Et en plus y a un grand parc naturel avec un lac, bref que demande le peuple. Niveau activités c’est pas forcément fou mais la très belle ville de Narvik (Norvège) est accessible assez rapidement.

 

Reste le dernier point à aborder : faut-il planifier longtemps à l’avance ? Pour un voyage « traditionnel » j’ai pas de réponse à vous apporter, faites comme vous le sentez. Pour une chasse aux aurores en revanche, si vos moyens et vos contraintes professionnelles le permettent je vous conseille très fortement d’attendre le dernier moment. La raison, la voilà.

La seule variable qu’il est possible de prédire avec un peu d’avance, c’est le score Kp. Mais même pour lui, les prévisions ne vont pas au delà de 27 jours (ce qui est déjà bien). Dans l’idéal, il vous faut donc planifier un mois seulement à l’avance : si vous voyez un enchaînement de 3-4 jours avec un score supérieur à 4, foncez, vos chances sont globalement très bonnes. Il restera évidemment l’aléa de la météo mais si vous avez un peu suivi le guide, il y a moyen de choisir des endroits/périodes qui mettent les chances de votre côté, à défaut d’en faire une science exacte.

Si vous choisissez de réserver plus longtemps à l’avance, bon bah c’est au petit bonheur la chance : les scores supérieurs à 5 concernent quelques jours chaque mois, il faudra espérer tomber dessus. Et si c’est pas le cas, rappelez-vous qu’en étant très au nord, un Kp2 ou 3 peut déjà être suffisant.

 

Voilà, à ce stade vous en savez à peu près autant que moi, j’ai essayé de restituer au mieux ce que de nombreuses lectures sur des sites spécialisés, ainsi que deux (and counting) voyages en Scandinavie ont pu m’apprendre, car j’ai beaucoup appris de mes erreurs. Désormais c’est à vous de jouer et de découvrir cette excitation quand la nuit tombe et que le ciel commence à frémir.

Bordel que je suis bon pour faire des phrases stylées, quand même.

 

 

 

 


* la blague n’est pas de moi. Je reconnais toutefois qu’en la transmettant je la cautionne, et assumerai donc mes responsabilités.

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