Les salles d’arcade et de jeu


Autre chose difficile à manquer lors d’un voyage au Japon : les salles dédiées au jeu. Toutes les grandes villes en ont, et il n’est pas rare que les petites villes aient leur propre salle de pachinko.

Puisque les termes techniques sont déjà balancés, commençons par distinguer deux types de salles d’arcade :

  • celles qui visent plutôt un public d’adolescent ou de jeunes adultes : on y trouvera les arnaques habituelles des fêtes foraines que sont les pousse-pièce ou encore les saloperies avec leurs pinces qui ramènent jamais rien, mais aussi des purikura (truc destiné aux filles qui leur permet de faire des photos niaises avec plein d’effets de merde; maintenant elles ont instagram pour ça mais les purikura restent populaires) et surtout du jeu vidéo, du vrai. Les jeux musicaux se taillent souvent la part du lion, mais on trouve aussi des jeux de combat ou des jeux de cartes. C’est surtout sur ces derniers que je vais m’attarder : les autres on sait comment ça fonctionne, on a les mêmes sur nos consoles de salon.Plusieurs grandes enseignes se partagent le marché : on trouvera notamment Taito, SEGA ou encore Konami. Mais faut pas aller chez eux #FuckKonami
  • on trouve aussi, généralement dans des salles séparées, les fameux pachinko. J’essaierai de vous en parler mais ne pigeant moi-même rien à ces conneries je ne vais pouvoir trop en dire. Attention, ces salles sont affreusement bruyantes et sont aussi de gigantesques fumoirs, le Japon autorisant encore le tabagisme dans les endroits publics. Notez aussi qu’étant souvent tenues par des yakuza (pas ouvertement hein, mais bon quand y a des jeux d’argent la mafia n’est jamais loin) certaines règles s’appliquent : n’espérez ainsi pas filmer, le personnel viendra rapidement vous demander d’arrêter sinon.

Bref, commençons donc par la partie gentille et innocente.

 

Les salles d’arcade

Comme je le disais en intro, on va facilement les trouver dans les principaux quartiers « jeunes » des grandes villes : Akihabara à Tokyo, Namba/Dotonbori à Osaka… si ça bouge un peu c’est quasi sûr qu’il y a une salle d’arcade pas loin. Souvent montées sur 5 étages voire plus, ces salles sont fréquentées par un public jeune et sont généralement non-fumeurs, ce qui est pas franchement pas un mal. Les jeux sont nombreux, un assez bon nombre sont obscurs et c’est justement de ceux-là que je vais essayer de parler. Seul souci, ils sont parfois tellement obscurs qu’aucun site anglophone n’en parle, ce qui me complique un peu la tâche.

Le plus gros d’entre tous, j’ai l’impression que c’est World Club Championship Football (WCCF), développé par SEGA et qui sévit dans les salles depuis près de 10 ans. Les bornes se présentent comme ça :

Et vous l’aurez compris, c’est un jeu de cartes avec tout le vice que ça contient : pour être le meilleur possible il faut acheter des cartes, acheter acheter et encore acheter. Les cartes sont produites par Panini, toujours dans les bons coups, il existe des niveaux de rareté… et évidemment on trouve des tas de vidéos d’ouverture de paquets sur Youtube, parce que l’absence de fierté traverse toutes les frontières.

Il s’agit, comme sur la photo, de se construire une équipe de 11 titulaires + 5 remplaçants. Jusque là ça ressemble au jeu de cartes à collectionner qu’ils sortent aussi chez nous, mais ici chaque carte possède une puce NFC et les joueurs progressent au fil des matchs. Y a une limite quand même, puisque la progression s’arrête à 150 matchs. Et au delà ? Bah faut racheter une nouvelle carte évidemment.

Une fois en match, les diverses statistiques des cartes sont prises en compte et la partie se déroule sous les yeux du joueur, dont les actions sont limitées : remplacements, changement de formation, et c’est à peu près tout. Le jeu marche du tonnerre au Japon, c’est pas rare de trouver la moitié d’un étage dédié, y a des tournois nationaux, bref ça rigole pas.

Ci-dessous un petit exemple de ce à quoi ressemble un match.

J’ai également vu des bornes de jeux de chevaux (Star Horse 3) où le but semble être de parier sur des courses, y a plus ou moins la même chose avec des bateaux (Starboat Legend). Evidemment rien de tout ça n’est en anglais donc bon courage pour y piger quelque chose, mais bon pour 100Y ça peut faire une expérience amusante.

Voilà pour les jeux de cartes. Après on trouve des trucs plus conventionnels, par exemple des bornes de jeux de course avec siège baquet, dans le domaine c’est les jeux dérivés du manga Initial D qui semblent être les plus populaires. Les menus sont en japonais mais on arrive à peu près à comprendre et à lancer une course, n’hésitez pas à tenter le coup. En cherchant un peu il est aussi possible de trouver des bornes Mario Kart, la version la plus récente est la GP DX et propose la plupart des nouveautés apportées par Mario Kart 7 sur 3DS. On y retrouve quelques persos et courses exclusives, mais globalement c’est le même jeu que sur console de salon. Là où c’est intéressant c’est que les deux bornes côte à côte permettent de rejoindre la même course et de s’affronter, aux côtés de (seulement) deux persos gérés par la borne.

Les stars des étages dédiés au jeu vidéo restent évidemment les jeux de baston, ici on est dans une configuration de 1 vs 1 où toutes les bornes ont un vis à vis. On s’installe à une borne, et si un autre joueur s’installe en face c’est le clash. Bon moi j’arrive déjà à me faire régulièrement taper par l’intelligence artificielle, alors il était pas question que je tente ma chance dans une salle d’arcade où traînent généralement des bons joueurs.

Les jeux les plus représentés dans les salles sont très probablement les jeux musicaux : on y retrouve les classiques sortis en Europe comme Dance Dance Revolution (de moins en moins cela dit), un tout petit peu de Guitar Hero aussi, mais la nouvelle star semble être MaiMai, un jeu sur écran tactile où il faut toucher de la main les zones au bon moment. A haut niveau de difficulté et pratiqué par des bons joueurs c’est extrêmement impressionnant, on dirait Honda dans Street Fighter 2.

L’autre jeu que j’ai beaucoup vu s’appelle Taiko no Tatsujin, c’est un jeu de percussions qui ferait un peu penser à Donkey Konga mais en pas pareil : ici on a une baguette dans chaque main, et il faut taper en rythme en suivant globalement 3 types de percussion : en plein milieu, sur le haut du tambour, ou bien en mode « je tape aussi fort que je peux », dans chaque cas la percussion peut être faite à une main ou avec les deux simultanément, selon ce que le jeu demande. C’est intégralement en japonais mais un tutoriel plutôt simple à comprendre est disponible avant chaque partie. Comptez 200Y pour 3 parties à deux, ce qui en fait un jeu bien moins cher que la moyenne dans ces salles.

Avec ça je pense avoir fait le tour des salles d’arcade, du moins dans les grandes lignes. Il reste bien les pousse pièce et les machines à pinces, mais n’importe quelle fête foraine en France en a donc c’est pas forcément vital d’en parler. J’en viens donc au dernier gros morceau :

Le pachinko

Deux choses frappent d’entrée le visiteur qui entre dans une salle de pachinko (souvent appelée Pachi-slot, les salles proposant aussi des machines plus classiques où il faut aligner 3 symboles) : premièrement, ça pue atrocement la clope, le tabagisme y étant autorisé. Deuxièmement, Y A UN VACARME PAS POSSIBLE. Espérez pas discuter avec des gens dans une salle de pachinko : le bruit ambiant est infernal, abrutissant même, ce qui fait que chacun reste hypnotisé devant sa borne.

On finit par s’installer devant une machine, elles fonctionnent à peu près toutes pareil donc c’est essentiellement une affaire de préférence visuelle, nombre de bornes étant dédiées à un dessin animé, un groupe de musique ou que sais-je. Il y a quand même moyen d’afficher des statistiques sur les gains récents de la machine : nombre de fois où les rouleaux ont été déclenchés (j’y reviendrai), nombre de fois où ça a abouti sur un succès, et ce par jour. Comme les machines à sous chez nous, les machines de pachinko fonctionnent par cycle : si la machine n’a fait que bouffer de l’argent sans rien offrir en retour depuis 2 jours, il y a des chances pour que ça soit différent d’ici très peu de temps.
Si possible, visez les nouvelles machines (shindai), elles ont tendance à être généreuses au début pour attirer le chaland. A l’inverse, si la salle est vide la fuite est la meilleure option : si les locaux estiment que l’endroit n’est pas bon pour espérer un retour sur sa mise, pas de raison que ça soit différent pour vous.

C’est généralement là qu’arrive la 3e remarque frappant le joueur occidental : « putain j’y comprends rien c’est quoi cette merde ».

Le pachinko est en effet un jeu assez obscur, qui donne de prime abord l’impression d’être une sorte de flipper mais en fait pas du tout. Des billes sortent par la gauche, et le seul contrôle que l’on a dessus c’est qu’on peut choisir la vitesse à laquelle elles sortent. C’est tout, pour le reste il faut laisser la chance faire le boulot. Alors apparemment y a quand même aussi une question de compétences en jeu vu qu’il m’est arrivé de voir des gens avec des seaux entiers de billes à leurs pieds, qu’ils avaient visiblement gagnés tous seuls comme des grands. Mais pour une majorité de gens, jouer au pachinko signifiera juste perdre de l’argent, comme dans une majorité de jeux de ce style vous me direz. Une fois qu’on a accepté cette fatalité, le tout est d’arriver à rendre le truc un minimum amusant et c’est pas forcément évident quand on pige rien à ce qui se passe, surtout si on rajoute à ça le double effet vacarme + atmosphère tellement emboucanée qu’on arriverait à faire fumer un saumon.

Pour en revenir à la machine, elle se constitue en général d’un trou central entouré de deux petites portes, qui peuvent être ouvertes ou fermées. Le but est de faire tomber les billes dans ces portes : ouvertes, elles ont à peu près la largeur de trois billes, fermées elles n’en laissent passer qu’une seule ce qui rend l’opération à peu près injouable. Evidemment si les billes tombent dans le trou central, scénario le plus courant, vous ne récoltez qu’échec, moqueries et ruine. Et vous pendant ce temps-là, vous tournez la manivelle sur le côté pour trouver la « bonne » vitesse, celle à laquelle un maximum de billes va tomber là où il faut. Une fois la bonne position trouvée, il faut arriver à la maintenir ce qui n’est pas forcément évident puisque si vous lâchez la manivelle, elle revient à son point initial. Certains sites conseillent de coincer le machin à l’aide d’une pièce de monnaie, c’est interdit mais bon, pas vu pas pris hein.

Quand enfin on arrive à mettre les balles dans le bon trou (c’est pas sale), là c’est les grosses ambiances ! On est récompensé soit par des billes supplémentaires, soit et c’est plus fréquent par un coup de « slot machine », le machin à trois rouleaux quoi. Enfin ici c’est pas des rouleaux vu que tout se déroule sur un écran LCD : ça tourne, ça tourne, la plupart du temps c’est de la baise et on gagne rien mais de temps en temps on claque un REACH et là c’est l’heure de retenir son souffle, c’est le moment pour lequel tant de japonais claquent des sommes déraisonnables dans ces salles.

Un REACH démarre quand vous obtenez deux symboles identiques sur les deux premiers rouleaux : le 3e continue de tourner, et un petit dessin animé se lance alors et représente généralement un combat entre le héros associé à la borne (tout dépend du thème) et ses ennemis : si ce sont ces derniers qui gagnent, le 3e symbole est mauvais et c’est perdu. Si c’est le héros qui gagne en revanche…

Là vous pouvez commencer à faire l’hélicobite car la machine va bien vous faire comprendre que vous avez gagné et que c’est vous le boss : effets de lumière, musique triomphale, rien ne vous sera épargné. Vos voisins sont épatés, ceux du sexe opposé tombent amoureux de vous encore plus sûrement qu’en ayant recours aux services du sorcier Moussa Dembélé qui vous laisse des mots chaque semaine dans votre boîte aux lettres. Et pendant ce temps les billes affluent sans discontinuer, souvent pendant plusieurs minutes histoire que vous ayez bien le temps de profiter. Généralement un jackpot comme ça vous file 5000 yen, une belle somme mais qui est suffisamment difficile à obtenir pour qu’à ce stade vous ayez probablement déjà claqué le double. Ca reste un milieu tenu par des mafieux comme chez nous, si vous avez assez de fric essayez de persévérer jusqu’à obtenir le graal mais gardez à l’esprit que vous en ressortirez quand même plus probablement avec une balance négative.

Voilà un petit résumé en images de ce à quoi ressemble une partie :

Une fois qu’on en a marre, il est temps d’aller encaisser ses éventuels gains : muni des paniers que vous aurez rempli de billes (on y croit), dirigez-vous vers le comptoir où l’on vous proposera de convertir ces billes non pas en argent, mais en coupons permettant d’obtenir des lots à la con type peluches, etc.

La ruse, c’est qu’il est également possible d’obtenir de l’argent : juste pas au même endroit, parce que les jeux d’argent sont interdits au Japon. Mais si vous ressortez avec vos coupons, il y aura généralement un comptoir pas loin où vous pourrez échanger cette inutile paperasse contre de vrais billets qui réchauffent le coeur. Seulement, il faut se débrouiller seul pour savoir où est ce magasin : vu que son existence n’est pas complètement légale mais juste tolérée, le personnel de la salle de pachinko refusera de vous indiquer où aller. Le mieux reste encore d’attendre dehors et de regarder vers où se dirigent les gens qui sortent. Enfin ceux qui ont gagné hein, sinon c’est un coup à suivre une personne jusqu’à chez elle et ça risque d’être mal interprété.

Une fois le comptoir trouvé, personne en face et c’est normal : tout se fait de façon anonyme, il faut mettre ses coupons dans un tiroir, la personne de l’autre côté les récupère, le tiroir se rouvre et PAF ! Du pognon. Et voilà comment se passe une soirée réussie dans une salle de pachinko, si vous parvenez jusque là (ça n’a pas été mon cas) vous pourrez arpenter fièrement les rues en arborant un tshirt #THUGLIFE, vous l’avez mérité.

 

Source article : http://www.japantoday.com/category/lifestyle/view/an-addict%E2%80%99s-guide-to-pachinko

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